Suite Noire

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Quand la ville mord

Diffusé sur France 2
le 26 juillet à 22h50

AUTEUR : Marc Villard

REALSATEUR : Dominique CABRERA

ACTEURS PRINCIPAUX : Samir GUESMI, Aïssa MAÏGA

Fiche technique

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

« Un jour, je posséderai un téléviseur Thomson, écran plat LCD avec un système digital direct et une maison en meulière dans une banlieue éloignée. Je serai heureuse. » Pendant qu’elle se projette dans l’avenir, Sara laisse le modou sénégalais s’exciter entre ses fesses. Puis, hargneuse : — Ça va mieux? — Ouais, c’est cool. — Que vas-tu faire, maintenant? — Je vais m’acheter des sandales. Je t’échange la passe contre une galette. — Je veux pas crever avec ce crack de merde. Aboule le fric. — Toutes tes copines en prennent. — Et toi, tu en prends? Non, eh bien moi c’est pareil. Je veux vivre au-delà de trois ans. Ça fait vingt euros. Le modou finit par laisser tomber un billet sur le matelas puis se détourne en haussant les épaules. Des hommes trompeurs et malins comme celui-ci, elle en connaît des tonnes. Elle jette un œil de l’autre côté de la bâche : Zina est rentrée rue Stephenson. Aujourd’hui est un 24 décembre. Elle a décidé de faire les magasins. Pas pour acheter, pour regarder. Elle descend l’escalier, passe devant Brigitte qui ne peut s’empêcher de balancer. — Tu forces pas. — C’est Noël. Puis elle plonge dans la vraie vie, remonte sur Marx-Dormoy, Marcadet et là s’engouffre dans le métro qui, dix minutes plus tard, la dépose aux Halles. Le Forum s’allume. C’est la ruée des dernières heures, tension, mouvements de foule, petites vies, petits cadeaux, starlettes de néon. Sara enfile les étages, musarde comme toutes les filles, s’amuse des prix, grisée par le flux fébrile. Puis elle finit par dégringoler devant la FNAC, niveau -3, et joue des coudes jusqu’aux livres de poche délaissés ce jour pour les albums photos. Plantée devant les tables, elle se laisse fléchir face à Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué, d’Howard Buten car elle trouve le titre génial. Et tout à côté repère Une saison de machettes de Jean Hatzfeld. Elle connaît le sujet et a même rencontré à Brazza quelques rescapés du Rwanda. Elle bifurque ensuite vers les CD à prix cassés (six euros pour des classiques) et rafle pour Zina Shakara de Fela Kuti; comme ça elle connaîtra toute la famille. Parvenue devant les caisses, elle refuse le paquet-cadeau. — C’est mon Noël perso. — Alors, bonne lecture. Son sac FNAC sous le bras, elle pénètre au Père tranquille et commande un café. Deux bellâtres l’entourent, la bave aux lèvres. L’air désolé, elle se tourne vers eux. — Je préfère vous le dire maintenant mais voilà, j’ai le sida. Vous me payez un café? Mais elle parle dans le vide. C’est le genre de déclaration qui crée l’espace. Elle s’en veut un peu de cette défense facile puis convient que la fin justifie les moyens. «Je suis conne de dire ça, si ça se trouve je l’ai chopé.» Ça lui remet en tête le test qu’elle s’impose tous les mois mais pour l’heure elle se branche à fond sur la fête et les miettes qu’elle pourra en tirer. Elles ont prévu un couscous entre copines avec Zina puis un film sur une boxeuse qui passe au Clichy Palace. Zina connaît l’un des gardiens : elle lui abandonne deux cailloux et il ferme les yeux quand elles se glissent dans la salle en Surround THX. Elle paie son café, tourne le dos à la fête et descend dans le métro, direction Porte de Clignancourt. À Barbès, elle termine à pied jusqu’à Stephenson. Elle s’accoude un moment au parapet qui surplombe l’enchevêtrement des voies SNCF. Son œil surentraîné passe au laser les abords des rails en quête d’épaves en bois utilisables mais il est déjà dix-neuf heures trente; la nuit tombe, tout est noir. Deux étages, l’appart’. Elle se fige dans l’entrée. Le souk la déglingue. Elle appelle Zina, la voix défaillante. Calme plat. Sara avance dans les décombres. Les tiroirs ont été vidés, les Que sais-je? déchirés. De suite, elle plonge vers son matelas, le soulève et pousse un cri plaintif : son fric a disparu. Une voix dans son dos prononce : — Je savais qu’il s’était passé quelque chose. — Pourquoi, comment tu le savais? Samia, quarante-deux ans et un RMI pour cinq, hausse les épaules. — J’ai entendu du bruit quand le mec est arrivé. — Comment il est? gronde Sara. — Un Black, petite moustache et manteau vert passé. Omar, fils de pute. — Pourquoi il a fait du bruit, Samia? — Zina voulait pas qu’il rentre. — Zina? Du coup, Sara se relève et, lentement, gagne la minuscule salle de bains. Elle hésite devant la porte, ferme les yeux et pousse le battant. Zina est recroquevillée sous la douche, les yeux fixes. La seringue et le garrot indiquent le fix fatal. Sara, sur les genoux. Des haut-le-cœur la secouent pendant que Samia apparaît dans l’embrasure. Elle contourne la Congolaise et ferme les yeux de la jeune prostituée. — Sara, ça va aller? — Une overdose, c’est pas possible. Elle n’a jamais pris d’héroïne. — Je sais pas, moi. Sara se rapproche à quatre pattes de son amie, gisante sur le carrelage. Dieu n’est plus ici, il n’y a personne en fait, sinon la haine et la saloperie. La peau est translucide.

Extrait 2

Extrait 2

Tramson zonait dans le quartier qui l’avait fait roi. Place de Torcy, il avisa Melissa, une petite Black de dix-huit ans en compagnie d’une copine. — Alors Mélisse, toujours au squat ? — Salut, Tram. Tu connais Sara ? — Non, je viens rarement par ici. Tu es malienne ? S’informa-t-il en fixant Sara dans les yeux. — Congolaise mais, tu sais, nous les Noirs on se ressemble tous ! — Ha, ah, mais qu’elle est drôle ! Dis donc, t’es vachement remontée… vous avez des problèmes avec Omar, le roi de la jungle ? Elle détourna le regard, masquée. À côté d’elle, Melissa fit signe à Tramson d’y aller mollo. — On va se faire un Mac Do au métro, c’est moi qui vous invite, les filles.

Extrait 3

Extrait 3

Le garni de la rue Stephenson compte vingt-huit mètres carrés, un camping-gaz et une douche froide. Pour s’éliminer avec un camping-gaz, il faut être patient. Elles sous-louent à Rachid, le marchand de figues de la rue Myrha. Zina est branchée sur Femi Kuti et Sara sur Manu Chao et Ali Farka Touré. C’est un problème car elles partagent la même minichaîne. Sara pénètre dans les lieux, vaguement chavirée par le froid sec. Elle passe sous la douche en grelottant puis, emmitouflée dans un vieux peignoir, se penche sur sa peinture. Elle récupère de vieux cageots pourris le long de la voie ferrée qui servent de support à ses expériences picturales. L’Arte povera c’est pas fait pour les chiens. Elle étale un jus en guise de fond et revient par-dessus à la brosse, d’un mouvement compulsif à la Pollock. Ses peintures sont construites transversalement pour amplifier la dynamique de son geste. Elle écrit parfois des fragments de texte depuis qu’elle communie avec Basquiat. Aujourd’hui elle inscrit : le flash de la mort étoilée. Sara considère le crack et ses dommages collatéraux d’une façon outrageusement poétique. L’acrylique fraie son chemin, Sara réfléchit ; elle manque de technique. Puis elle pense : lâcher le tapin, se fondre, intégrer un cours aux Beaux-Arts. Quelque chose. Elle se recule, lâche sa brosse. Et ça lui vient comme ça, à l’arrache : voir Tramson et discuter le bout de gras. Elle range son matos, enfile sa veste fourrée et claque la porte de l’appartement.

Extrait 4

Extrait 4

Et ça rigole. Les serveurs ont sorti les languesde-belle-mère et les serpentins. Deux fausses blondes repoussent Sara pour vomir en choeur derrière les portes à battants. La jeune femme risque un œil vers la scène au moment où la clique d’Omar redescend en direction de sa table. C’est le moment que choisit le maquereau pour se diriger pesamment vers les toilettes. Sara se glisse vivement dans les WC hommes. Nobody. Elle se plaque contre le mur et saisit son tournevis. Le Black pousse la porte et se contemple, l’oeil morne, dans la glace du lavabo. Ce qu’il y voit l’interpelle furieusement : Sara, tournevis levé, rabat son arme dans le cou de la crevure. Il se casse en deux sur le robinet pendant qu’elle pistonne le coeur par l’arrière. Omar vire geyser. Elle respire fort, passe le tournevis sous l’eau. Le corps du Black pèse quatre-vingts kilos. Elle le saisit au col et le tire en gémissant dans la cabine la plus proche puis tasse l’ensemble contre le trône. Enfin, elle claque la porte, plante ses yeux hagards dans le miroir et sort sur le palier pour récupérer sa parka chez les femmes. Une grande brune aux réflexes professionnels s’enfile de la coke avec un tuyau de stylo Bic sur un miroir de poche.

Photos

Photos

Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga et Assane Seck (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga et Assane Seck (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga et Gérald Papasian (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga et Gérald Papasian (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga et Laurentine Milebo (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga et Laurentine Milebo (photo de Fred Jacquemot)
Aïssa Maïga et Pascal Nzonzi (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga et Pascal Nzonzi (photo de Agora Films)
Aïssa Maïga et Samir Guesmi (photo de Agora Film)
Aïssa Maïga et Samir Guesmi (photo de Agora Film)
Laurentine Milebo (photo de Fred Jacquemot)
Laurentine Milebo (photo de Fred Jacquemot)
Samir Guesmi (photo de Agora Fillms)
Samir Guesmi (photo de Agora Fillms)
Samir Guesmi (photo de Fred Jacquemot)
Samir Guesmi (photo de Fred Jacquemot)

Bande annonce

Bande annonce

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Extraits film

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Résumé

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Sara débarque à Charles de Gaulle. Elle arrive de Brazza avec Zina, sa cousine. Sara est une artiste en herbe, elle peint, elle dessine. Elle révère Jean-Michel Basquiat, premier peintre noir mondialement célèbre. Trois mois plus tard... Trois mois passés sur un grabat à enchaîner les passes pour le bénéfice d’Omar et Brigitte. Sara va trouver Tramson, un ancien éducateur de rue. Il lui promet de l’aider à sortir de là quand elle aura tout remboursé. Il est un peu amoureux d’elle, elle l’aime bien. Le jour de Noël, Sara trouve sa cousine morte, leurs économies envolées. Omar l’a tabassée à mort. Sara explose. Elle le piste armée d’un tournevis aiguisé comme un poinçon et le tue d’un coup en plein coeur. Mais Brigitte l’a vue et met sa tête à prix. Avec l’aide de Tramson, Sara trouve refuge dans un squat d’artistes. Mais les hommes de main de Brigitte la pistent.

Entretiens

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