Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette

Le Linceul n'est pas qu'aux moches

AUTEUR : Jean-Paul Demure

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

— Ah ben putain ! — C’est le cas de le dire. — Non mais regarde ça. Une vraie boucherie. Sauf les nibards. T’as vu les nibards ? Du nougat. Et je te parie que c’est du vrai. Touche. C’est du vrai. Même froids. — Arrête Marco. — Ben quoi, je fais mon boulot. — Tu te vautres. T’es pas légiste. — Je regrette. Kesse tu crois qu’il fait, le légiste, tout seul avec des beaux petits lots ? Il les essaie une dernière fois. —Marco, t’es dégueulasse. Tu me fais gerber. —Pas sur mon pantalon, tu veux? C’est pas dégueulasse, c’est un dernier hommage à la beauté. Tu peux pas comprendre l’émotion, t’en as pas. Un tiroir à viande, voilà ce que t’es. Un intellectuel. — Ça vaut mieux que… — Une vraie blonde en plus… « Ces larges reins, ce sadinet… Assis sur grosses fermes cuisses… Dedans son petit jardinet. » Tu connais Villon. Il est cochon, Villon. — Tu connais Villon maintenant? T’as pas assez de tes revues porno?

Extrait 2

Extrait 2

Entre une brunette jolie comme un coeur, qu’on voit palpiter d’émotion sous la veste de tailleur prune. Elle s’arrête, tout intimidée, devant deux beaux spécimens de la police nationale : un rouquin balaise aux yeux bleus avides, un grand faux maigre noir de poil, au long visage triste que la vie n’a pas épargné. Le rouquin bondit sur ses pieds, renversant le pot à crayons : — Inspecteur Tardieu. Que puis-je pour vous? On voit bien qu’il peut tout. Il rayonne comme un soleil. — Mademoiselle? Madame? Asseyez-vous, je vous en prie. L’inspecteur avance l’unique chaise de service. Prudente, elle attend qu’il ait lâché le dossier pour s’asseoir. — Mademoiselle. Mademoiselle Cantou. (Elle sort un journal de son sac.) Je vous ai téléphoné à propos de cette photo. Mlle Cantou tire ostensiblement sur le bord de sa jupe, mais l’inspecteur n’est pas sensible à l’allusion. À moins qu’il ne pense qu’elle cherche à attirer son attention sur ses jolis genoux ronds et nus. Polis comme le marbre. Elle implore des yeux l’autre policier qui lui renvoie un sourire guindé. — Est-ce que je peux?… Mlle Cantou se jette en arrière. Il lui semble que le flic roux va se ruer sur elle. — Est-ce que je peux vous demander votre prénom ? — Mais je… mais tout de même… Le long flic lui lance un regard rassurant, qui semble dire : n’ayez crainte, je veille au respect de la procédure. — Je… je… Nadine. Pourquoi? — Vous êtes sûre ? Marc adresse une grimace déçue à Olivier qui décide qu’il est temps de rassurer la petite, déjà bien paniquée. Il se penche vers elle, paternel: — Vous connaissez donc Élodie Simon? — Pas du tout. Je veux dire, j’ai reconnu son visage, tout de suite. Ça m’a frappée. Mais je ne la connais pas. Je l’ai vue, ça je suis sûre de… — Attendez ! Vous l’avez vue. Quand? Où? lance Marco. — Il y a cinq ou six mois. Où, je ne sais plus. Je pense qu’elle a participé à un tournage… enfin, peut-être… Je travaille pour une société de télévision. Nous produisons beaucoup de films. Je suis sûre d’avoir vu cette jeune femme, mais je ne me rappelle rien d’autre. Une figurante, peut-être ?

Extrait 3

Extrait 3

Mathilde Labarre, dans son fauteuil, est endormie, son chat sur les genoux, son ouvrage sur le chat. Elle ronflote doucement, brr, brr, brr. Du temps de son pauvre mari, c’était lui qui ronflotait. Elle lui disait qu’il comptait les choux. La grande lampe est allumée. La télé marche. Tout est paisible. Soudain, le chat bondit, réveillant Mathilde. Il se précipite vers la porte qu’il grattouille. Mathilde sursaute, ouvre des yeux égarés sur son ouvrage à ses pieds, sur la télé que rien ne trouble. Le chat fait demi-tour, s’élance vers le couloir. Elle marmonne : — Eh bien mon Mitsou ? Où est-ce que tu cours comme ça ? Une souris ?… Ça m’étonnerait, avec ce gros paresseux… Ma pauvre fille, tu t’es encore endormie, voilà tout. Qu’estce que tu as à dormir comme ça ? La maison pourrait s’écrouler… Il est temps de te coucher, ma fille… Et tu vas encore rester dans le noir, les yeux ouverts, à penser à l’heureux temps, à pleurer comme une imbécile… Mathilde se lève péniblement, arrête la télé, va voir ce que fabrique Mitsou, lui si tranquille d’habitude. Elle aperçoit un trait de lumière sous la porte de Josiane. Elle avance sur la pointe des pieds, s’approche de la porte fermée, colle l’oreille au panneau, entend un léger bruit. Elle s’éloigne à pas rapides, ouvre en douceur un tiroir du buffet, en sort un antique et énorme pistolet qui tremble au bout de sa main maigre. Elle se signe : — Jésus, Seigneur, ayez pitié !

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