Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette Comment L.A. ? Des manches et la belle Pas d'argot pour Mister Riche Fantasia chez les Plouffe

Le Futon de Malte

AUTEUR : Michel Embareck

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

Pendant que sur la plage de Maguelone, côté Palavas, les techniciens de l’identité judiciaire mitraillent le cadavre allongé face contre sable, Friedman, chemisette ocre flottant hors d’un pantalon marine à pinces et mocassins italiens, interroge un groupe de naturistes allemands. En vain, malgré la complicité linguistique. Rien vu, rien entendu, rien remarqué du haut de leur camping. Nix. Sauf, au lever du jour, la forme éléphantesque étendue là où la Méditerranée agonise en un clapotis enroué. De loin, ils ont d’abord cru à l’échouage d’un baleineau ou à la carcasse d’une barque déposée sur la grève par le courant. Il s’agit effectivement d’un mammifère, un mammifère humain malgré les apparences, sorte de géant velu et chevelu qui pour tout vêtement porte autour du cou ce que les enquêteurs présument être une cravate.

Extrait 2

Extrait 2

Du quai au Sable, au bord de l’Ill, où la famille conserve un appartement acquis une quinzaine d’années plus tôt, Friedman a traversé le centre-ville en empruntant la cour dallée du palais des Rohan. Puis, enfilant les places du Marché-aux-Poissons et de la Grande- Boucherie, il a vérifié que la carte de Zum Strissel (À l’autruche) affichait toujours le jarret-salade de pommes de terre avant de couper par la rue du Vieil-Hôpital, évitant ainsi le flot des estivants qui musardent rue du Marocain. À l’angle d’une venelle aux immeubles étayés, son oeil anéanti a constaté que la winstub dont le nom lui échappe ne ressemblait plus à rien. Ou alors, à nombre d’autres. Étudiant, il y jouait occasionnellement au tarot en mangeant des sandwiches à la mortadelle tandis qu’un mainate espiègle sifflait l’air du Club vosgien. Au débouché de la rue Mercière, au travers des tourniquets de cartes postales et de faïences de Niderviller made in Taïwan, la flèche de la cathédrale, méridien de Greenwich personnel, a accordé son pardon à cet enfant de la Krutenau égaré pour la bonne cause sous des latitudes parpaillotes. Il se souvint alors des trajets quotidiens entre le deux pièces de sa mère, rue des Planches, jusqu’au lycée Fustel-de-Coulanges et du serment secret d’habiter un jour quai au Sable, au bord de l’Ill, un des lieux les plus convoités de la ville. Friedman pourra toujours se reconvertir en guide, conduire le petit train touristique ou un des bateauxmouches qui effectuent le tour de la ville si un jour il quitte la police. Chaque pierre, chaque poutre sculptée, chaque clocher semble appartenir à son métabolisme. Et il connaît sur le bout du pouce l’histoire de Strasbourg, la légende du diable enfermé dans un pilier de la cathédrale ou la fonction de la colonne de grès au coin de l’ancienne Pharmacie du Cerf censée mesurer l’embonpoint des notables.

Extrait 3

Extrait 3

Dégoulinant de sueur au moment de remonter dans la Peugeot de service, le commissaire Friedman ne voit qu’une solution : réinterroger la veuve et passer outre ses mines de mater dolorosa. Quel bâton merdeux, ce dossier. Et quelle stupide fierté de n’avoir pas laissé les pandores s’y dégueulasser les doigts. Sa religion est faite. La lumière jaillira (ou pas) avec l’interpellation par hasard d’un locdu, inconnu des services de police qui trimballera l’avant-bras du notaire dans un sac à dos. Peut-être même se constituera-t-il prisonnier avec l’ambition d’étaler à la une des journaux un mobile à cent lieues des multiples hypothèses échafaudées. Quinze ans de terrain et de lecture des télex confortent quotidiennement cette conviction. Le nombre de pervers, irrécupérables, tarés grandis avec des casquettes trop petites, grimpe en flèche. La faute à qui ? Aux parents, à la crise sociale, aux banlieues, à la télé ? Franchement, il s’en tamponne le coquillard avec une patte d’alligator femelle. Seule certitude, l’enquête se barre en jus de choucroute par tous les bouts. La recadrer au plus vite s’impose.

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