Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette

La musique de papa

Diffusé sur France 2
le 02 Août à 22h50

AUTEUR : José-Louis Bocquet

REALSATEUR : Patrick GRANDPERRET

ACTEURS PRINCIPAUX : Antoine CHAPPEY, Léo GRANDPERRET

Fiche technique

Bande annonce

Bande annonce

Bande annonce

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

J’ai raté ma vie, je veux au moins réussir ma mort. Mais sans douleur. Proprement. Cognac-médicament. Cocktail coma. J’ai déjà avalé une dizaine de cachets quand ce petit con débarque. La porte n’est pas verrouillée, il entre sans sonner. Il me trouve affalé sur le canapé-lit, je commence à baver. « T’es encore en train de picoler ! » il me lance. La pièce est dans le noir, il allume. C’est seulement à ce moment-là que je vois son visage couvert de sang. Il porte un t-shirt déchiré de la poitrine au nombril. C’est l’hiver, je pense qu’il risque de prendre froid. Je réussis à lui dire : « Tu vas attraper la crève ! » Avec lui, je n’ai jamais su trouver les mots justes. Il ricane, tousse et crache par terre, la salive est rouge. « Tu te crois où ? », j’essaye d’articuler. « Dans une porcherie, non ? », répond ce petit con. Il mérite une claque, j’essaye de me redresser, mais j’ai déjà la tête dans les sables mouvants. Il s’assoit sur la table basse pour avaler une grande gorgée de mon cognac, directement au goulot. Je n’ai pas la force de protester. Il observe les médicaments épars sur la table.

Extrait 2

Extrait 2

« C’est Miquet, là. Bon, faut que tu décroches. Je sors de taule, là, et j’ai besoin de maille, alors faut que tu donnes vite fait ce que tu me dois… Putain de répondeur ! » C’est un message déposé sur la boîte vocale de mon portable. Miquet, un revenant. Une racaille qui traînait dans le rap à l’époque où l’industrie discographique s’enrichissait sur la bête, à l’époque où j’avais cru entendre venir de banlieue la voix d’un nouvel ordre révolutionnaire. J’avais signé un rappeur de la banlieue ouest, Ra-Sheed, et je lui avais donné son heure de gloire. Miquet était son garde du corps. Un gangsta, sans foi ni loi, au cerveau atrophié mais aux mains surdimensionnées. De la taille des oreilles de Mickey. C’était l’origine de son surnom. Miquet s’en foutait du rap, il y voyait seulement un moyen d’entrer sans effraction dans un monde qui lui était jusqu’alors fermé. Les blondes, les 4X4, le champagne et les V.I.P. Mais, dans le show-biz, la fête ne dure qu’une nuit. Le R’n’B poussait le rap pionnier hors des bacs à cd. Ra-Sheed avait dû lâcher son grand appartement parisien pour retourner dans sa chambrette de banlieue, redevenir Rachid. Miquet n’avait pas pu s’y résoudre. Baroud d’honneur. Au nom de Ra-sheed, armé de ses seules mains, il avait fait le tour de tous ceux qui avaient participé à l’aventure. Il disait que nous devions « rembourser notre dette », pour mon avocate, c’était de l’extorsion de fond. Selon Miquet, ma dette envers Rachid, le rap et tous les frères des cités s’élevait à 100 000 euros, j’avais réussi à négocier 10 000. Inutile de préciser que Ra-Sheed ne vit jamais le moindre cent de ce rackett.

Extrait 3

Extrait 3

Au sous-sol, rien ne semble avoir changé – le bar, les banquettes inconfortables, la scène étroite –, mais je me trompe sans doute. Je ne me souviens jamais avec précision des lieux, seulement de leur atmosphère. A cet égard, Le Gibus est immuable. La jeunesse est éternelle. Elle porte des blousons de cuir, des vestes cintrées, des chemises au col pelle à tarte, des t-shirts imprimés aux slogans définitifs, des pantalons moulants, des minijupes à carreaux, des baskets blanches salies artificiellement, des boots effilés. Les coiffures sont broussailleuses, les visages livides. L’ambiance est déjà festive et enfumée. Les rires des filles se mêlent aux voix fraîchement muées des garçons. Désinvolture forcée, gaîté affichée, convivialité initiatique. Tous ces jeunes gens réinventent une comédie humaine dont je connais déjà trop les partitions. Je ne suis plus à ma place et j’éprouve des difficultés à me mouvoir dans leur espace restreint. Je suis trop lent, me laisse bousculer, m’excuse pour me frayer un passage — trop poli pour être spontané. Ici, ils ont tous quelqu’un à retrouver, à embrasser, à saluer, à séduire, à éviter, autant de balises auxquelles se raccrocher. Je ne cherche personne, je dérive sans repère. Je suis seul. Pour autant, je ne ressens aucune agressivité à mon égard, ni même de la curiosité, seulement de l’indifférence. Les regards glissent sur moi. Je suis un vieux.

Extrait 4

Extrait 4

— Bon, voilà ce qu’on va faire. Je prends les trente cinq titres en édition. Je les fais déposer à la sacem et tout le bataclan. Demain, vous venez tous les quatre signer les contrats, les déclarations de droits etc. Ensuite, vous pourrez faire surfer vos titres en toute tranquillité. Un court silence, mon regard croise celui de Jules, il attend une suite, il a raison, je reprends. Et bien sûr, tout contrat mérite salaire, je vous donne une avance de 4000 euros… — Chacun ? Je ne peux pas m’empêcher de rire, sa répartie m’a surpris. — Ce serait beaucoup… — 4000 à quatre, ça fait que 1 000 par personne. C’est pas beaucoup. J’argumente mollement : — Ça fait un compte rond… — Trente-cinq titres, mille balles ? Faut pas exagérer ! Il faut toujours s’assouplir quand l’autre partie risque de glisser de la légitime véhémence du négociateur à la colère irrationnelle du guerrier. — D’accord, d’accord, j’ai compris, ne t’énerve pas… Fais-moi une proposition, alors… — Non, je sais pas, dis-moi, toi, c’est ton job… — Non, c’est le tien. Je t’ai fait une proposition qui ne te convient pas. C’est à ton tour de me faire une contre proposition. C’est le principe de la palabre. Chacun parle l’un après l’autre. — Du marchandage. — C’est à ton tour de parler. — Moi, je crois que… Si on avait trois mille euros chacun, on serait tous content. Ce serait trop pour moi, je ne pourrais pas les payer. — Bon, alors, pourquoi tu me demandes ? — C’est à mon tour de te faire une nouvelle proposition… J’hésite à lui dire 1500, un tour de négociation de plus et il risquerait de s’impatienter. A 2000, je suis certain qu’il accepte. — 1500. — Non. 2000. Je fais mine de réfléchir un instant. L’air de celui qui vient de plonger la main dans un porte-monnaie en peau d’oursin retournée. — D’accord. 2000. Je lui tends la main. Après un instant d’étonnement, il me tend la sienne. Une poignée vigoureuse scelle notre accord. Et puis nous rions, je le prends dans mes bras et il se laisse faire. Je pourrais presque pleurer. Je claque trop d’argent. J’escompte l’argent d’un contrat qui n’est pas encore signé. J’ai peut-être été trop gourmand. S’il le faut, je laisse l’affaire à 130 000 $.

Extrait 5

Extrait 5

« Le rock, ça se joue avec l’énergie du désespoir. Sinon, c’est du show-biz. » C’est l’une des phrases que je relève dans l’interview donnée par Jules à un hebdomadaire culturel. Je note aussi : « Le rock brûle les graisses superflues. Je parle de celles qui asphyxient le cerveau. Tu me suis ? » et « Il n’y a pas d’âge pour écouter du rock, mais il y a un âge pour en jouer. Passé vingt-cinq ans, tu es mort ou alors tu deviens un professionnel du truc, un requin. » Dans ces propos, ce n’est pas son attitude rebelle qui me surprend, mais leur gravité. Le Jules que je connais est un adolescent longiligne, bougon, amateur de Nutella, qui s’exprime la plupart du temps par onomatopées. Mais peut-être que l’on ne parle pas des choses sérieuses avec son père. Pourtant, je ne suis pas absent de son histoire. A la journaliste qui l’interroge sur ses influences, il décrit ma discothèque. « Chez mon père, il y avait tout un meuble plein de vieux vinyles. Coup de chance, il y avait aussi une platine en état de marche. Pour Sylvain et moi, c’était comme la caverne d’Ali Baba. On devait avoir dans les onze ou douze ans et on a découvert, en vrac, en bloc : Pixies, Sex Pistols, The Sound, The Clash, The Feelies, Devo, Cramps, Johnny Thunders, Doors, Jimmy Hendrix, Gainsbourg, Velvet Underground, Taxi Girl, Stranglers, Led Zeppelin, Siouxsie. On s’est fait notre éducation avec ça. Je ne dis pas qu’on écoute encore tout, mais à un moment ou à un autre, on a kiffé là-dessus. » Un peu plus loin, il déclare encore : « Mon père n’écoutait plus tout ça, il était branché rap. Il disait toujours que c’était là que se faisait la nouvelle révolution musicale. Il en est revenu, le rap s’est fait bouffé par le show-biz et le rock est retourné dans les garages. Voilà, nous, on voyait pas de rock à la télé, alors on a été obligé d’en faire chez nous. » Nulle part dans l’article, il n’était précisé que le père de Jules était le producteur de son fils. J’avais demandé à Cookie d’y veiller.

Photos

Photos

Antoine Chappey (photo de Agora Films)
Antoine Chappey (photo de Agora Films)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey et Agnès Soral (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey et Agnès Soral (photo de Fred Jacquemot)
Antoine Chappey et Léo Grandperret (photo de Agora Films)
Antoine Chappey et Léo Grandperret (photo de Agora Films)
Kings off cash (photo de Fred Jacquemot)
Kings off cash (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret et Agnès Soral (Fred Jacquemot)
Léo Grandperret et Agnès Soral (Fred Jacquemot)
Léo Grandperret et Antoine Chappey (photo de Agora Films)
Léo Grandperret et Antoine Chappey (photo de Agora Films)
Léo Grandperret et Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret et Antoine Chappey (photo de Fred Jacquemot)
Léo Grandperret, Zoé Beau et Bastien Catenacci (photo de Agora Films)
Léo Grandperret, Zoé Beau et Bastien Catenacci (photo de Agora Films)

Entretiens 1

P. Grandperret - Le livre

P. Grandperret - Le livre

P. Grandperret - Adaptation

P. Grandperret - Adaptation

P. Grandperret - Père-fils

P. Grandperret - Père-fils

P. Grandperret - A. Chappey

P. Grandperret - A. Chappey

P. Grandperret - Le cadre

P. Grandperret - Le cadre

P. Grandperret - Le Bataclan

P. Grandperret - Le Bataclan

P. Grandperret - Esprit rock

P. Grandperret - Esprit rock

P. Grandperret - L'engrenage

P. Grandperret - L'engrenage

P. Grandperret - L'arnaque

P. Grandperret - L'arnaque

P. Grandperret - Les codes

P. Grandperret - Les codes

P. Grandperret - Le destin

P. Grandperret - Le destin

P. Grandperret - La drogue

P. Grandperret - La drogue

P. Grandperret - Le sexe

P. Grandperret - Le sexe

Entretiens 2

A. Chappey - Rencontre

A. Chappey - Rencontre

A. Chappey - Son rôle

A. Chappey - Son rôle

A. Chappey - Le tournage

A. Chappey - Le tournage

A. Chappey - Tourner avec Patrick Grandperret

A. Chappey - Tourner avec Patrick Grandperret

A. Chappey - Père-fils

A. Chappey - Père-fils

A. Chappey - Rock'n'roll

A. Chappey - Rock'n'roll

Kings off Cash - Famille

Kings off Cash - Famille

Kings off Cash - Rapports avec Patrick Grandperret

Kings off Cash - Rapports avec Patrick Grandperret

Kings off Cash - Le père

Kings off Cash - Le père

Kings off Cash - Esprit Rock

Kings off Cash - Esprit Rock

Kings off Cash - Film noir

Kings off Cash - Film noir

Kings off Cash - Humour

Kings off Cash - Humour

Kings off Cash - Donner

Kings off Cash - Donner

Kings off Cash - La drogue

Kings off Cash - La drogue

Kings off Cash - La trahison

Kings off Cash - La trahison

Kings off Cash - Le sexe

Kings off Cash - Le sexe

Making of

Une cagoule

Une cagoule

La cantine, le chien, le loup

La cantine, le chien, le loup

Le boeuf

Le boeuf

Quand même

Quand même

Le sourire d'Agnès

Le sourire d'Agnès

Une répète dissipée

Une répète dissipée

Faux contact

Faux contact

Extraits film

La mafia russe

La mafia russe

Mère et fils

Mère et fils

Résumé

Résumé

Quand un fils échappe à tout contrôle, faisant payer à une mère psychorigide et un père producteur de musique dans la débine, une séparation qui l’a mis en danger, que lui reste-t-il pour laisser passer la sainte et belle fureur de l’adolescence ? Comme toujours : le rock’n roll, « qui brûle les graisses superflues, celles qui asphyxient le cerveau.» Passion commune du père et du fils. Le père reprend alors espoir, même s’il sait à l’avance que cette musique se joue obligatoirement avec l’énergie du désespoir. Accompagné de sa maîtresse pourvoyeuse de médocs et d’une attachée de presse un peu foldingue, il replonge dans l’univers des studios du temps de sa splendeur et des concerts survoltés. Les liens du fils et du père vont alors se nouer et se tendre sous le signe de la noirceur.

Entretiens

fr . en