Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette

La Bannière était en noir

AUTEUR : Christian Roux

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

—Tu m’en offres une ? C’était une fille d’à peine dix-huit ans, une fatma, comme on disait au village, ou une beurette, comme on disait ailleurs. Elle parlait vite, en dessinant de grands gestes avec ses mains et, quand ces mains n’avaient plus rien à faire, elle les pressait l’une dans l’autre. Elle s’appelait Samia et venait comme eux tous tenter sa chance, mais elle n’avait pas qu’une corde à son arc, loin de là, il ne faut pas, surtout pas, elle prenait des cours de théâtre et de danse, passait des castings de cinéma et de mannequin – « c’est lamême chose, l’essentiel, c’est qu’ils aient envie de te sauter » –, répondait à toutes les annonces de figuration dans les émissions de variétés ou de jeux produites par les chaînes de télévision, son seul but, c’était d’être vue, elle n’avait aucune autre solution à sa portée pour fausser compagnie à son destin, elle haïssait tous les boulots réservés aux filles de son milieu, coiffeuse ? Esthéticienne ? Caissière en supermarché ? Alors là, non, plutôt crever ! Est-ce qu’il voulait répéter sa chanson ? Le jeune homme se laissait bercer par l’incessant flot de cette voix grave et fêlée. Une voix que la France entière ne pourrait qu’aimer, il en était sûr. Il avait bien conscience que malgré la puissance de sa propre voix – dont jamais on n’aurait pu s’attendre à ce qu’elle sortît d’un corps aussi frêle –, face à une telle personnalité, il n’avait aucune chance. À moins qu’on l’eût choisi, lui, pour sa timidité ; tout dépendait du scénario qui avait été écrit pour cette cession… Samia attendait. Elle avait fini sa cigarette depuis longtemps. Il déclina l’offre ; il n’osait pas. Il n’osait pas ? Et comment allait-il faire pour l’audition ? Oh, devant un jury, il chanterait ! Ça ne comptait pas, les gens d’un jury.

Extrait 2

Extrait 2

Le plus costaud s’appelait Éric. Il pouvait avoir trente cinq ans. Sans doute un peu épais mais musclé, l’œil brillant et le sourire franc, il avait un côté nounours réconfortant, malgré les gnons qu’il venait de se prendre et qui donnaient, a contrario, envie de prendre soin de lui. Kevin, plus grand, plus sec, vingt-sept,vingt-huit ans, aurait pu être un cadre commercial. Il avait ce sourire des hommes convaincus que chacune de leurs victoires économiques ne pouvait qu’apporter joie et bonheur à l’humanité… ou qui, tout au moins, feignaient de le croire. —Putain, gamin, t’as pas froid aux yeux ! disait Éric, alors que Kevin n’avait de cesse de répéter que, s’il retombait sur ces « putains de Rosbifs », il leur pétait la cervelle. Ils étaient maintenant dans un café, un peu au-dessus du boulevard de Clichy. Le jeune homme, vidé de sa rage, se sentait bien, assis là, devant un Coca-Cola, en face de deux hommes qui avaient l’air de le prendre pour un ami ; et c’était de ces amitiés de fin de foire, quand on a pour ainsi dire sauvé la vie de l’un des siens et qu’il vous promet qu’il vous en sera éternellement reconnaissant. Répondant aux questions de ses nouveaux amis, il leur résuma brièvement sa situation, expliqua qu’il avait résolu le problème du loyer mais qu’il lui fallait maintenant trouver de quoi remplir sa gamelle. —Écoute, gamin, dit Éric. T’es pas épais mais t’as pas froid aux yeux. Si ça te dit, tu pourrais venir nous filer quelques coups de main. On travaille dans la sécurité. Entrées de salles de concert, de soirées privées, services d’ordre…plus quelques trucs dont on pourra te parler plus tard, si t’as l’impression que le boulot te convient. Le jeune homme eut une pensée pour Dieu, qui avait bien voulu répondre à ses prières en mettant sur son chemin ces hommes et, surtout, la possibilité de parler immédiatement un langage qui leur était commun. Il s’excusa de ne pas pouvoir payer une tournée à son tour mais on venait de lui voler son argent. Kevin sursauta. Voler de l’argent à un gamin si batailleur ne devait pas être si simple. Quand le jeune homme lui eut expliqué l’entourloupe, il exulta. — Des ratons, je parie…Bon sang, gamin, t’es costaud mais un peu naïf. Le coup des flics, quand tu joues au bonneteau et que la mise devient forte, est des plus connus sur la place parisienne ! Mais faut pas laisser passer ça ! Ces crouilles se croient tout permis ? On va leur montrer qu’ils se plantent ! Éric se leva et paya les consommations. Le jeune homme, apaisé par la précédente bataille, n’avait plus tellement envie de se battre. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas traîné dans un café et il y serait bien resté encore un peu mais, de toute évidence, Kevin avait besoin d’en découdre, sans doute pour se remettre de la raclée que, dans un premier temps, les Anglais lui avaient mise. Le gamin pouvait comprendre ça, et puis il avait vraiment besoin de récupérer son argent. Trouvant l’idée des piquets de chantier plutôt bonne, ils allèrent en chercher d’autres et redescendirent sur le boulevard. Les joueurs de bonneteau s’étaient installés un peu plus loin. Sans un mot, les trois Blancs surgirent au milieu de la partie et frappèrent les hommes qui entouraient le carton. Le manipulateur tenta de s’échapper mais Kevin lui donna un grand coup sur la tête. La boîte crânienne craqua. — Putain, ça, c’est du casse melon de première ! exulta Kevin Le gamin se rua sur l’homme à terre pour lui faire les poches et récupéra bien plus que sa mise. Quand il se releva, il entendit les sirènes. Cette fois, la police était bien là. —Ça, pour défendre la racaille, ils s’y entendent, cria Éric. Allez, on se casse !

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