Suite Noire
Envoyez la fracture !
Diffusé sur France 2
le 23 août à 22h50
AUTEUR : Romain Slocombe
REALSATEUR : Claire DEVERS
ACTEURS PRINCIPAUX : Clotilde HESME, Laurent STOCKER
Extraits livre
Extrait 1
Excusez-moi, inspecteur. Mais y a des gens comme ça… Serge Demare touille le mélange avec une cuillère, avale une gorgée du remède, fait la grimace, soupire, repose le verre sur la tablette à côté du fauteuil, en toussant encore. L’officier de police Koster, assis en face de lui, attend en silence, son carnet à la main. — … Et sa femme ! L’enfer, qu’il a dû vivre avec elle ! (Il tousse.) Toujours tout se coltiner pour cette emmerdeuse, les courses, la bouffe, le ménage ! Handicapée comme elle est, la Régine Fridelance, après leur accident… Ah, elle lui a fait payer, d’avoir grillé ce feu rouge… (Il ricane : le ricanement se transforme en toux…) Et… et… dès qu’il entrait dans mon bureau, toujours le portable qui sonnait : c’était elle, évidemment… pour lui demander un truc idiot, ou vérifier qu’il était bien ici en train de me livrer mon illustration et pas chez une bonne femme, ou le mettre en garde contre un danger qu’elle aurait vu dans son horoscope… (Il prend un ton emphatique :) dans les astres !… Malheureux Fridelance : trente secondes après qu’il a raccroché voilà que ça ressonne, à tous les coups c’est de nouveau sa Régine ! Ah, là là… Je l’entends encore, mon pauvre Ambroise : « Oui ma Ginette ! Mais oui, t’inquiète pas ! Je peux pas t’parler, monsieur Demare il attend, on a du travail… Plus on pourra travailler sans interruption, plus vite je serai rentré à la maison, ma chérie… Bisous ! » Ouais, autant expliquer ça à un mur ! Et Fridelance n’osait pas déconnecter son portable, ç’aurait été pire : qu’est-ce qu’il aurait pris, le malheureux, après, en débarquant chez lui…
Extrait 2
Fridelance criait, tout en déplaçant des objets, faisant chuter des boîtes de couleurs, des règles et des équerres : — Le tabouret… Où est-il ?… Je l’ai encore vu hier soir, à côté de la table à dessin… J’avais posé ma boîte d’acryliques dessus… Régine Fridelance fit pivoter son fauteuil roulant et traversa le petit salon. — Le tabouret que ton père a rapporté du Mali ? — Ouais… (D’autres objets dégringolèrent.) Ah, merde… — J’ai demandé à la concierge de le jeter avec d’autres vieux trucs… Un hurlement jaillit de l’atelier : — Tu as… QUOI ??? Les roues du fauteuil heurtèrent l’embrasure de la porte. Régine recula pour mieux négocier le tournant. — Eh bien, ouais… — Mais ça va pas la tête ?…, hurla Fridelance, au bord de l’hystérie. Son épouse répondit d’un ton pincé. — Ma tête va très bien justement, c’est pas comme mes jambes. Ce matin, dans l’horoscope du Parisien, j’ai vu pour toi que Saturne déboulait dans l’opposition de Vénus, et que ça mettait en cause les maisons XI et V. Ça ne m’a pas plu… Surtout qu’il y a là une vilaine réminiscence de ton thème natal… Fridelance réapparut dans le salon. Son teint ordinairement pâle avait viré au blanc crayeux. — Régine… Tu sais combien il valait, ce tabouret ? La paraplégique ricana : — Moche comme il est, sûrement rien du tout. Tu n’as qu’à t’en acheter un neuf chez Ikéa. Je l’ai bazardé parce que cette semaine les astres te conseillent de te débarrasser des vieilleries, lesquelles sont susceptibles en ce moment de te porter malheur ! — Tu peux parler de malheur, Ginette…, gémit Fridelance, haussant la voix au fur et à mesure, afin de couvrir le grondement du camion des éboueurs qui enfilait la rue. Ce tabouret, il vaut… il valait… au moins CENT MILLE EUROS !!!… Et tu l’as foutu à la poubelle… Le ricanement de son épouse se transforma en hurlements de rire : — Cent mille euros ?… Tu as bu, mon pauvre Ambroise… Ton éditeur t’a emmené au café du coin au lieu de t’accorder ton augmentation… C’est bien ça ? Fridelance se laissa aller dans un fauteuil, la tête dans ses mains. — Mais non, enfin ! Je n’ai pas bu !… Ce tabouret était signé Paul Leneuf ! — Pourtant il avait rien de neuf ! Tu dérailles complètement… Va plutôt m’acheter mon Télé-7 jours ! Et si tu y tiens absolument, récupère-le, ton tabouret… Il doit être avec les poubelles sur le trottoir, vu que les éboueurs sont pas passés ce matin… Le camion s’arrêtait à ce moment précis devant leur immeuble. Ambroise Fridelance se précipita, en dérapant sur le parquet ciré. Dehors les éboueurs africains échangeaient cris et plaisanteries, au milieu d’un vacarme de verre brisé, de chocs de plastique et de métal. — N’oublie pas le Télé-7 jours ! braillait Régine Fridelance depuis son fauteuil à roulettes. — Stop ! Arrêtez !…, cria son mari sur le trottoir de la rue Saint-Sébastien. — Oh ! Hé, qu’est-ce qu’y veut, lui ? s’étonna un gigantesque Africain en combinaison de travail. Les automobilistes klaxonnaient tout au long de la rue, tandis que l’illustrateur, comme pris de folie, yeux exorbités, balançait sacs et magazines hors des conteneurs. Il hurla : — Mon tabouret ! Là ! Là ! Il est là ! Je le vois… — Hé, t’es fou, toi ! protesta le Noir. — Ho ! Ça va ! Ta gueule ! s’écriait un second éboueur à l’intention de la voiture la plus proche. — Ah, merci !… Merci !…, balbutia Fridelance presque en larmes, serrant le tabouret intact contre sa poitrine. Euh, tenez… Là, j’ai un… ou deux euros… — Ha ! Bonne journée, mon ami ! Au claquement de la porte d’entrée, Régine Fridelance se redressa dans son fauteuil. — Tu l’as ? Et mon magazine télé… — J’ai donné la monnaie aux éboueurs… Tu peux attendre cinq minutes, non ? De toute façon, c’est les programmes de la semaine prochaine… Elle répondit d’un ton boudeur : — Je voulais regarder l’horoscope. — Moi je veux regarder sous le tabouret, triomphat-il. Oui !!! C’est marqué, là, regarde : « ateliers Paul Leneuf ». Il est authentique ! Le dernier tabouret Leneuf au monde ! Nous sommes riches, ma Ginette !… Finis les agios, les indemnités de retard, les angoisses… J’arrête de bosser comme un esclave pour ce chien de Demare… Je lui envoie ma dernière facture, et c’est fini ! La première chose que je fais, ma chérie, c’est de te payer un fauteuil roulant à moteur !… Et des vacances, et tout ce que tu voudras… — Mais enfin, Ambroise, fit son épouse d’une voix sceptique et geignarde. C’est quoi, toute cette histoire ?…
Extrait 3
— Bien sûr que non… Les envoûtements, c’est de la blague. C’est… psychologique. Je suis un Camerounais moderne, moi. Vous les Français, vous vous faites des idées stupides sur l’Afrique. On ne vous a pas attendus pour réfléchir sur le maraboutage. D’ailleurs, maintenant que je n’en ai plus besoin pour le livre, j’ai tout balancé… C’est ce qui est en train de brûler dans le poêle, là… Au début, quand j’ai allumé, la grosse pierre noire polie, avec des veinures, qui était avec les papiers, elle a jeté une lumière verte, ça m’a foutu les jetons… (Il fait un rire bizarre :) Ha-ha-haha-ha… Et c’est vrai que ça pue… Même avec la fenêtre ouverte. Le policier se lève, et passe dans la pièce d’à côté. — Dites donc, ça brûle fort. Vous êtes sûr qu’il est réglementaire, ce poêle ? Et la pierre, c’est ce truc-là, au milieu du feu ?… J’aimerais bien jeter un oeil… Il enfile ses gants. — Faites gaffe, monsieur l’inspecteur ! Ça doit être chaud… — On ouvre comment ? Comme ça ?
Photos
Photos du film
Clotilde Hesme (photo de David Koskas)
Clotilde Hesme (photo de David Koskas)
Clotilde Hesme (photo de David Koskas)
Clotilde Hesme (photo de David Koskas)
Clotilde Hesme et Léa Drucker (photo de David Koskas)
Clotilde Hesme et Michel Aumont (photo de David Koskas)
Dominique Reymond (photo de David Koskas)
Dominique Reymond (photo de David Koskas)
Laurent Stocker (photo de David Koskas)
Laurent Stocker (photo de David Koskas)
Laurent Stocker (photo de David Koskas)
Laurent Stocker (photo de David Koskas)
Laurent Stocker et Clotilde Hesme (photo de David Koskas)
Laurent Stocker et Judith Chemla (photo de David Koskas)
Laurent Stocker et Michel Aumont (photo de David Koskas)
Léa Drucker et Hervé Pierre (photo de David Koskas)
Léa Drucker et Laurent Stocker (photo de David Koskas)
Léa Drucker et Laurent Stocker (photo de David Koskas)
Making of
Autant en emporte le tabouret
Le saut de l'ange
Entretiens 1
R. Slocombe - Le livre
R. Slocombe - L'écriture
R. Slocombe - Le polar
R. Slocombe - L'humour noir
R. Slocombe - L'arnaque
R. Slocombe - Le destin
R. Slocombe - Le sexe
R. Slocombe - L'addiction
Entretiens 2
C.Devers/JL.Benoît-Livre
C.Devers/JLBenoît-Adaptation
C.Devers/JL.Benoît-Acteurs
C.Devers/JL.Benoît-L.Stocker et C.Hesme
C.Devers/JLBenoît-Ambroise
C. Devers - Cinéma de genre
C. Devers - Lumière et cadre
C.Devers/JL.Benoît - Enquête
C. Devers - Argent
C.Devers/JL.Benoît - Arnaque ou engrenage?
C. Devers - Humour noir
C. Devers - Lâcheté
C.Devers/JL.Benoît - Masochisme
C.Devers/JL.Benoît - Sexe
Bande annonce
Bande annonce
Entretiens 3
L. Stocker - Ambroise
L. Stocker - Acteur
L. Stocker - Fauteuil roulant
L. Stocker - Le chien
L. Stocker - Le clown
L. Stocker - L'engrenage
L. Stocker - La magie
L. Stocker - Le sexe
Extraits film
Le tabouret
Va te faire foutre
Résumé
Résumé
Même une innocente et rassurante marmite risque d’exploser, si on laisse le feu dessous. Ce même feu qui chauffe peu à peu les fondements d’Ambroise Fridelance, illustrateur raté, spécialisé dans les couvertures de romans à deux sous, gentil, sérieux et pusillanime jeune homme, affublé d’une épouse pragmatique et d’un employeur indélicat. Ambroise qui pense se remettre à flots en vendant un familial mais inestimable tabouret design et qui met le doigt dans l’engrenage des ventes aux enchères. Pas que le doigt ! Dans les milieux des marchands d’Art, du bondage SM aux maléfices africains, sa vengeance sera terrible… Et à propos de feu, celui de l’enfer n’est pas loin…
