Suite Noire
Cocu de Sac
AUTEUR : Hervé Claude
Extraits livre
Extrait 1
Nathalie reste près de la portière pendant que Sac monte à l’arrière. — Et merde, tout s’est barré dans tous les sens, viens m’aider bon Dieu ! Elle ne parvient pas à se décider. Dans n’importe quel autre endroit au monde, elle se serait enfuie. Un train, une route, en courant, n’importe comment. Quitter cette voiture, quitter cet endroit chargé de rancoeur, quitter ce vide abyssal du désert et de son coeur. Quitter Sac surtout. C’est impossible et elle ne parvient pas à répondre à son compagnon, elle reste appuyée à la portière gauche pendant qu’il lui crie dessus. Il lui faudrait la tirer par le bras et l’amener dans la cabine pour qu’elle l’aide à tout ranger. —On ne va pas encore perdre trois heures, cela devient trop dangereux, il n’y a plus de station avant je ne sais combien de kilomètres, des centaines de kilomètres... Voilà, c’est cela, ils sont perdus. Perdus et amers. Il doit se ressaisir. Il sait que l’effort cette fois ne pourra venir que de lui. Il doit reprendre l’affaire en main malgré les déconvenues, les trahisons. Ce n’est pas le moment de flancher car pour l’instant c’est Nathalie qui s’affole, il le voit bien. C’était elle qui avait voulu ce voyage, cette traversée idiote et déraisonnable. Il le lui avait dit dès le début. Il ne suffisait pas de tout prévoir sur le plan matériel, l’eau, l’essence, tout ça. Ils ne manquent de rien pour l’instant mais ils n’ont aucune expérience en réalité. Aucune notion d’endurance, d’adaptation au climat avec les longues heures d’ennui, la chaleur intense pendant la journée, à peine adoucie la nuit. Sac a l’esprit pratique, les maths, tout ça, il ne manque pas de courage, il l’a montré en pratiquant quelques sports dangereux. Il est costaud, son mètre quatre-vingts, ses quatre-vingts kilos, son côté nounours blond que Nathalie aimait tant à la fac, en vacances, partout où ils ne s’étaient plus quittés depuis cinq ans. Mais ils n’avaient aucune idée préalable de ce qu’ils sont en train de vivre. Aucune expérience d’une telle aventure. Pas plus physique que morale.
Extrait 2
— L’homme a tiré tout de suite sur votre compagnon ? — Non, enfin si, presque tout de suite. — Il vous a violée avant ? — Non, après. — Mais tout à l’heure, vous avez dit le contraire aux camionneurs. — Je ne sais plus très bien, j’étais paniquée. — Bon, écoutez, on va tout reprendre depuis le début. C’est à la Police Station de Katherine que Nathalie est finalement venue s’expliquer le lendemain. Le gros road train qui avait consenti à s’arrêter à l’aube remontait vers le nord, et Katherine était la première ville sur son chemin. À bord, il y avait deux types et elle préférait ça. Dans son état, avec son allure de fugitive, elle aurait eu peur d’être de nouveau maltraitée. Elle ne portait qu’un tee-shirt taché et un bermuda, elle n’avait aucun bagage ni aucun papier. C’est pour cela aussi qu’elle avait attendu longtemps pour faire signe à un camion. Cachée derrière des buissons, incapable de bouger à cause du grouillement de la nature qui se réveillait à côté d’elle, à cause de sa terreur des serpents aussi. Elle n’osait pas bouger de son abri provisoire. Elle avait l’impression d’être à côté d’une voie de chemin de fer et de vouloir stopper un train. Le bruit du passage des gros trucks la terrifiait. À cette heure-là, hormis les camions, il ne fallait rien espérer d’autres, pas le moindre 4 x 4 de travailleurs, pas la moindre vieille Holden d’Aborigènes, pas de camping-car de touristes évidemment. C’était dans la logique du scénario catastrophe, le drame était l’aboutissement de leur imprudence et de son entêtement.
Entretiens
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