Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette Comment L.A. ? Des manches et la belle Pas d'argot pour Mister Riche Fantasia chez les Plouffe

Ze big slip

AUTEUR : Hervé Prudon

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

La dernière fois que j’avais vu ma bite, j’étais passé à autre chose, et ce matin, avant même d’ouvrir l’oeil, je partageais les fruits de la croissance avec une petite acrobate énervée dont la philosophie était de demander la lune et toucher les étoiles en secouant le cocotier qui jaillissait de moi comme un geyser inextinguible. J’avais dans une oreille un dépotoir de vocabulaire métaphorique, dans une autre l’année Mozart, et sous mon oreiller cinquante-quatre cartes de crédit pas plus grosses que les grains de beauté dont ma copine avait le dos constellé comme un petit firmament satiné et chacune de ces cartes me donnait accès à une zone érogène de sa personnalité riche en rebondissements. Je m’étais endormi à plates coutures le corps sans queue ni tête et la tête sens dessus dessous dans une chambre à gaz de petits soucis quotidiens, mais grâce à l’ingérence pharmaceutique d’un ravitaillement sanitaire camouflé dans la salle de bains, quelque chose en moi était bougrement monté en puissance, et ma rampe de lancement était prête à me propulser sur orbite. Je ne raconte pas du boniment. Je n’étais pas dans le lupanar habituel d’un sommeil paradoxal luxurieux ; le paradoxe paranormal c’était ce stalagmite exponentiel surgi de mon désert de Zobi. Si j’avais été moins vulgaire et plus malin, quitte à avoir la queue entre les jambes, ça aurait été entre les jambes de quelqu’un d’autre, il y aurait eu une femme à côté de moi qui aurait pu tirer partie de la situation et transférer mon avantage dans le sien. Si j’avais été un rêveur, j’aurais trouvé tout ça normal, d’être la place Vendôme avec la colonne du même nom plantée en bas du ventre, et même cette fée Clochette qui faisait le yo-yo entre le sommier et le plafond n’aurait pas été incongrue. Si j’avais été salarié, j’aurais pris ça avec fatalisme en me disant que je m’étais encore bourré la gueule la veille au soir avec les collègues avant la traversée du week-end. Mais je suis un père de famille qui voit les choses comme elles doivent être vues, et je me suis dit que mon andouille de fils avait laissé traîner dans la salle de bains des médicaments qui n’avaient rien à voir avec les anxiolytiques du marché et que ça m’avait détraqué le système sexuel.

Extrait 2

Extrait 2

Elle a avancé sa main droite vers mes cuisses pour s’enquérir de l’amélioration de mon état comme si c’était un animal dont elle avait la garde et je me suis redressé d’un bond en la traitant de chienne lubrique, touchez pas aux grises bites. Elle a fait la moue, pas la guerre. Je me suis dédouané en qualifiant ma réaction d’épidermique, chimique, phobique, merdique, et j’ai mis mes calembours sur le compte courant d’un gai savoir dénaturé et elle m’a dit qu’elle comprenait, elle comprenait, ce monde de fous, où nous vivions. Elle travaillait à Sainte-Anne, en qualité de thérapeute, parmi des êtres dénaturés, bâclés, très imparfaits. Elle animait un atelier peinture qui produisait de l’art premier et obtenait des effets secondaires. Beaucoup de schizophrènes. — Mais beaucoup d’autres accélèrent, ai-je dit.

Extrait 3

Extrait 3

J’ai dit que je ne connaissais pas de Freddy alors ils ont rigolé. J’ai regardé leurs dents une par une, et il y en avait beaucoup, et pas une d’entre elles ne souffrait des désastres qu’ont connus les miennes. Chacune de ces quatre-vingt-seize dents avait l’air de s’adresser à moi personnellement et me disait que j’étais un brave type qui allait dire à Freddy d’avoir un peu de monnaie sur lui. Celui qui allait chercher les bières a sorti un grand couteau de sa poche, un couteau au moins aussi grand que mon pistolet. J’ai regardé par-dessus son épaule la serveuse derrière le comptoir et elle m’a souri comme si j’étais l’impresario d’un groupe de rappers en costume de ville. J’ai senti une main douce et froide caresser la mienne mais ce n’était pas une main, c’était le grand couteau. J’ai dit que cette main-là n’avait pas encore écrit le chef-d’oeuvre dont elle était capable et ils ont dit que j’étais un marrant. Avec mon autre main je fouillais dans ma doublure de manteau à la recherche du pistolet qui était tombé tout au fond, à la hauteur de mes mollets. J’avais presque entièrement disparu dans mon grand manteau noir ne leur laissant que ma main sur la table quand mon autre main a rencontré la crosse de l’arme. Je ne pouvais pas pour autant extraire mon arme de la poche en lambeaux. J’ai tiré à travers la doublure, vers le bas, juste pour faire du bruit, mais bien conscient que la balle allait toucher un des huit pieds collés autour du sac les uns contre les autres entre les quatre pieds de la table. La détonation a fait se lever les trois types et l’un d’entre eux a gueulé, un autre a abattu son grand couteau pour me massicoter les doigts et le troisième a regardé sous la table. J’avais retiré ma patte et levé mon cul, moi aussi, et j’ai levé un pan fumant de mon manteau en dirigeant mon arme vers les types. Ils ont reculé en disant que j’étais fou de faire des choses comme ça. Ils ne tournaient même pas les yeux vers moi mais calculaient nos pieds : deux Nike, deux Reebok, deux Puma, deux écrase-merdes, quarante orteils, plus quatre pieds de table en fonte. Tous intacts. La balle avait juste perforé le sac Adidas. Ils ont roulé alors des yeux comme les billes de Loto qui se bousculent dans la boule avant le tirage. Pic nouille c’est toi l’andouille. Ils m’ont dévisagé l’espace d’un quart de seconde comme si j’avais battu le record de connerie masculine catégorie poids lourd. On a entendu une sirène de police ou d’ambulance, et vu un couple de flics sur le trottoir d’en face scruter les vibrations de l’air pour comprendre d’où était venue la détonation. Les Noirs ont regardé leur sac dessous, les flics dehors, mes pieds en dedans, la campagne aveyronnaise impassible sur la photo murale et le pan de mon grand pardessus d’où je cachais le tonnerre et la foudre. Ils se sont carapatés urgemment dans le calme et la dignité pour ne pas se signaler à l’attention du tandem de flics. Ils en ont même oublié leur sac. Je suis resté comme deux ronds de flan et trois dessous de bière. J’ai vu les deux flics filer le train des trois Noirs. Ils sont tous sortis de mon champ de vision et je me suis dirigé vers la sortie. La serveuse m’a demandé de payer les bières. Elle avait dans les dix-huit ans et un regard ni gris ni vert, comme à Ostende, et moi qui suis vieux comme l’hiver j’ai demandé à reprendre une bière, belge cette fois. J’ai essayé de penser à mon jardin, mes semis, poireaux, radis, mais le jardin s’était transformé en cloître. Bon dieu, il fallait que je me tire de là. Je buvais une bière d’abbaye à côté de celle de Port-Royal, et je me suis mis à penser à Blaise Pascal et au regard de la serveuse. Ni gris ni vert, quand sur la ville tombe la pluie. Si j’ai une qualité, c’est de beaucoup penser, mais si j’ai un défaut, c’est de penser à autre chose.

Entretiens

H. Prudon - La novella

H. Prudon - La novella

H. Prudon - Le style

H. Prudon - Le style

H. Prudon - L'engrenage

H. Prudon - L'engrenage

h. Prudon - Le destin

h. Prudon - Le destin

H. Prudon - Violence sociale

H. Prudon - Violence sociale

H. Prudon - L'addiction

H. Prudon - L'addiction

H. Prudon - Le sexe

H. Prudon - Le sexe
fr . en