Suite Noire
Tirez sur le caviste
Diffusé sur France 2
le 12 juillet à 22h50
AUTEUR : Chantal Pelletier
REALSATEUR : Emmanuelle BERCOT
ACTEURS PRINCIPAUX : Niels ARESTRUP, Julie-Marie PARMENTIER
Bande annonce
Bande annonce
Entretiens 1
C. Pelletier - L'écriture
C. Pelletier - La novella
C. Pelletier - Le couple
C. Pelletier - L'addiction
C. Pelletier - La bouffe
C. Pelletier - Le film
C. Pelletier - E. Bercot
C. Pelletier - L'humour noir
E. Bercot - Le choix du livre
E. Bercot - L'adaptation
E. Bercot - Niels Arestrup
E. Bercot - Le contraste
E. Bercot - JM Parmentier
E. Bercot - Christine Citti
E. Bercot - Le social
E. Bercot - L'humour noir
E. Bercot - La drogue
E. Bercot - Le sexe
Extraits film
La rencontre
Les mange-tout
Extraits livre
Extrait 1
Le céleri rémoulade était dégueulasse, et ma femme vraiment trop mauvaise cuisinière, je n’en pouvais plus, j’ai tiré. Elle est tombée, net, sans crier, ses yeux se sont juste un peu écarquillés, du genre qu’est-ce qui t’arrive ? Elle avait l’habitude de mes blagues, j’étais d’un naturel taquin, mais, assez vite, elle a compris que je ne plaisantais pas, et sa tête a lâché sur le côté. Cette fois, elle avait tout oublié, fini !
Extrait 2
Peu à peu, ma nouvelle vie s’est organisée. De temps à autre, je variais les plaisirs en poussant cinq kilomètres plus loin jusqu’au Relais du Château. Il m’arrivait aussi de me faire une omelette bien baveuse de quatre ou cinq oeufs avec de la ciboulette que j’accompagnais de rattes du jardin dont j’avais encore une bonne provision au grenier. Je les pelais à peine, les essuyais dans un torchon avant de les jeter dans une grande poêle en cuivre tapissée de beurre bouillonnant, et je te les faisais sauter en l’air, elles retombaient dans leur miel en roulant comme des billes, se faisaient une cuirasse couleur de tabac. Au final, j’ajoutais du gros sel, une feuille de laurier, et vas-y mon gars, dans mon assiette, sous l’armure bien croquante, je me sentais vivre un de ces grands moments où le ferme et le moelleux l’emportaient sur la sinistrose, de ces rares instants que j’allais regretter même mort, je le savais déjà. Il m’arrivait aussi de passer au four des tomates farcies que Viviane avait rangées par trois au congélateur dans des barquettes en plastique avant de partir au Rwanda. Je reconnaissais que, pour certaines choses au moins, ma femme était prévoyante.
Extrait 3
Je traversais la place Gambetta lorsque je suis passée devant Aline sans vraiment la remarquer, pourtant j’avais enregistré une image suffisamment motivante pour me faire rebrousser chemin. Assise sur un banc, une fille mangeait du céleri rémoulade dans une barquette en plastique ! Elle était jeune, ça, c’était plutôt un inconvénient, mais, selon toute probabilité, elle était très pauvre, ce qui était un gros avantage, je me le suis dit tout de suite, j’ai vu l’aubaine. Mal fagotée, les tifs en meule de foin, une vraie paumée, mais, à vrai dire, l’information la plus intéressante que j’avais enregistrée malgré moi et qui m’avait forcé à me retourner, c’était la délicatesse et la gourmandise avec laquelle cette nana plongeait sa fourchette en plastique dans la barquette. Une artiste, une star du hors-d’oeuvre, un génie de la mayonnaise ! Sa bouche généreuse mâchait avec une volupté qui éveillait mes sens, j’en étais tout retourné. Je me suis assis sur le banc à côté d’elle, la regardant s’absorber dans sa dégustation. J’étais si perturbé que j’avais perdu toute idée de réplique. — Bon appétit, j’ai dit. Elle a continué son petit manège affriolant, engloutissant la crudité avec un plaisir qui aurait pu me conduire à l’érection si j’avais encore été sujet à ce genre de manifestation triviale.
Extrait 4
Elle se tenait la mâchoire, je l’avais bien sonnée, son nez pissait le coulis de cassis : — Il est dingue, lui ! — T’es pas payée pour gaspiller la marchandise, merde ! Elle pleurait, le coup classique, Viviane était comme ça aussi, à la moindre torgnole, c’était les grandes eaux. Je lui ai fait la leçon, j’ai gueulé tout mon saoul. La méthode a été efficace, car les jours suivants, Aline sembla prendre une étoile d’un coup, ça tenait de l’opéra, ses coquilles Saint-Jacques m’ont presque mis la larme à l’oeil, un moelleux au chocolat m’a rappelé mon premier orgasme, à seize ans, avec la fille de la boulangère, alors qu’on était vautrés dans les baguettes chaudes qui sortaient du four, rien que d’y penser, trentecinq ans plus tard, j’aurais encore été capable de bander.
Extrait 5
J’ai visé le coeur, il a écarquillé ses gros yeux, c’est vrai que Vanessa et moi, au premier coup d’oeil, on a l’air gentil, mais d’un coup, le gars venait de comprendre que se fier aux apparences n’était pas une bonne idée, qu’il valait mieux faire gaffe aux derniers clients, à l’heure de la boutique vide et de la caisse pleine. Trop tard, son regard bovin a clapoté, s’est noyé de trouille. J’ai tiré et ça lui a explosé la gorge, deux ou trois litres de beaujolais lui ont jailli sur le tablier, il a tangué avant de s’effondrer sur le comptoir. Vite fait, j’ai enlevé au flingue son silencieux, l’ai fourré dans la poche gauche de mon blouson, le CZ dans la droite. Je me sentais vraiment bien, comme si je m’étais envoyée en l’air bien à fond. Une vue plongeante sur le nirvana.
Extrait 6
J’ai traîné ma migraine jusqu’à la salle de bains. C’était écrit au rouge à lèvres sur le mi-roir : je pars à Lisbonne, dès que j’ai un bon plan, je t’appelle… L’infâme avait dessiné deux ou trois coeurs et une flèche qui désignait, posé à côté du panier où y avait des échantillons pour se savonner les mains, cirer les godasses et se doucher sans se mouiller la tête, son portable relié à son chargeur. Sur l’écran, un minuscule dessin animé très approximatif montrait un chat qui courait pour avoir son comptant. La chienne ! Ça me battait dans la tête, comme si on me filait des coups de gourdin, j’ai foncé dans la piaule à la recherche de mon blouson, j’ai tout foutu en l’air, les cloches, les fringues, les bouteilles, si elle avait emporté mon blouson, tout le fric, j’allais péter les plombs. J’ai fini par le trouver, ça m’a un peu soulagée, le flingue était dans la poche, le silencieux dans l’autre, et à l’intérieur, sous le zip, quatre billets de cinquante euros.
Extrait 7
C’est là que le fou m’a entreprise, il m’a déplu tout de suite, il avait quelque chose du Belge au gode du Park Inn, je n’étais pas du tout prête à écarter les cuisses pour me remettre à flots, je lui ai dit tout de suite, ça n’a pas paru le décourager. Il m’a demandé si c’était bon, ce que je mangeais, j’ai expliqué que c’était pas terrible. Il a commencé à me poser plein de questions, il cherchait soi-disant une cuisinière, je n’écoutais pas vraiment. La bouffe, c’était plus mon truc, à part faire saliver Vanessa, je n’en avais rien à cirer de cette vieille histoire. J’avais appris à faire la bouffe sur le tas, à sept ans, dans le restau que mon beau-père tenait avec ma mère. À l’âge où les mômes dessinent des maisons tordues avec des grosses cheminées et un chemin qui se barre dans les nuages, moi, j’apprenais le roux, la béchamel, l’estouffade et le quatre-quarts. Une fois cet alphabet su par coeur, j’étais passée aux phrases, aux chapitres. À douze ans, j’étais devenue un livre de recettes ambulant, avec un don pour les sauces, les pâtisseries, les marinades. Si je n’avais pas merdé en dehors des casseroles, j’aurais peut-être pu imaginer un jour poser une vraie grande toque de chef sur ma tête, comme un mec. Mais j’étais incapable de faire fructifier. La cuisine, la boxe française, il ne m’en restait pas grand-chose. Faut les aider, les dons, pour qu’ils donnent, ça pousse pas tout seul.
Extrait 8
J’ai mis les vêtements un par un dans un grand sac en plastique, et, au fond du carton, il y avait justement un sac en plastique, rectangulaire et assez lourd, bien fermé. Je l’ai ouvert. Y avait des liasses de billets de cinquante, des épingles plantées bien comme il faut dans les coins. Ça m’a foutu une vraie tachycardie, j’avais jamais vu autant de fric d’un coup. J’ai compté. Vingt billets dans une liasse : mille ! Trente liasses… Ça faisait quinze cavistes, ça ! J’ai essayé de réfléchir, mais je n’y arrivais pas. J’ai pensé que c’était un piège du patron, qu’il me guettait derrière la porte, et qu’il allait faire irruption et me foutre une grande beigne : je te prends les mains dans le sac ! Gaffe, fallait pas que je démarre au quart de tour. J’ai remis les billets dans le plastique, puis le plastique dans le carton, et le sac de layette par-dessus.
Photos
Photos
Julie Marie et Christine Citti (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Martial Lorcet)
Julie Marie Parmentier (photo de Martial Lorcet)
Julie Marie Parmentier (photo de Martial Lorcet)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Julie Marie Parmentier (photo de Agora Films)
Niels Arestrup (photo de Martial Lorcet)
Niels Arestrup (photo de Martial Lorcet)
Niels Arestrup (photo de Martial Lorcet)
Niels Arestrup (photo de Agora Films)
Niels Arestrup (photo de Agora Films)
Niels Arestrup et Pierre Félix Gravière (photo de Martial Lorcet)
Niels et Julie Marie (photo de Agora Films)
Photomontage
Photo montage
Photo montage
Photo montage
Entretiens 2
JM. Parmentier - Surprise!
JM. Parmentier - E. Bercot
JM. Parmentier - Deux points de vue
JM. Parmentier - Construire le personnage d'Aline
JM. Parmentier - Christian
JM. Parmentier - Aline
JM. Parmentier - Niels
JM. Parmentier - Casseroles
JM. Parmentier - Engrenage
JM. Parmentier - Humour
JM. Parmentier - Cuisine
JM. Parmentier - Drogue
JM. Parmentier - Destin
JM. Parmentier - Réalisme
JM. Parmentier - Amour
JM. Parmentier - Sexe
JM. Parmentier - Tuer
JM. Parmentier - Physique
Entretiens 3
C. Citti - Rencontre avec Emmanuelle Bercot
C. Citti - Tourner avec Emmanuelle Bercot
C. Citti - Le personnage
C. Citti - JM. Parmentier
C. Citti - Humour
C. Citti - Drogue
C. Citti - Nudité
C.Offenstein - Deux points de vue
C. Offenstein - Eclairage
C. Offenstein - Tourner avec G. Nicloux et E. Bercot
E. Barboza - Chambre d'Aline
E. Barboza - Décors selon deux points de vue
E. Barboza - La cuisine
Entretiens 4
C. Loisy - Les repérages
C. Loisy - Le château
C. Loisy - Les cuves
C. Loisy - Le tournage
C. Loisy - JM. Parmentier
C. Loisy - N. Arestrup
C. Loisy - Les meurtres
JF. Laroussarie - La cuisine maison
JF. Laroussarie - Recettes
JF. Laroussarie - Gérard
JF. Laroussarie - Les mange-tout
JF. Laroussarie - Passer et repasser les mêmes plats
Making of
Je hais le cinéma
La mort était en plastique
Résumé
Résumé
Rencontre improbable entre un vigneron fou de gastronomie et une jeune fille marginale et rebelle qu’il engage comme cuisinière. Confrontation de deux monstres, dont chacun ignore ce que dissimule l’autre… Tandis qu’avec sa copine, elle essaie de financer un restaurant en faisant des casses, lui se débarrasse de sa femme qui rate un céleri rémoulade. À travers les vignes de Monbazillac, se met en place un jeu de chat et de souris où, sous le regard d’un ouvrier agricole un peu benêt, de scènes de gastronomie en scènes de meurtres, le jeu sera souvent incertain.
