Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette Comment L.A. ? Des manches et la belle Pas d'argot pour Mister Riche Fantasia chez les Plouffe

Sur un air de Navarro

AUTEUR : Tito Topin

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

Il se retourne vers elle au moment où elle s’apprête à allumer une cigarette. Il lui prend le briquet des mains, l’approche de ses lèvres. Elle souffle la fumée, le peignoir libère un sein. C’est un sein de vingt-cinq ans qui frissonne dans le mouvement. Une veine légère tressaille sous la peau. Le mamelon est court, l’aréole froissée par l’eau fraîche. — Et toi ? Des gosses ? Des chiens ? — Pas même un poisson rouge. Elle rit. — On dîne avant, ou après ? demande-t-elle avec une raucité nouvelle dans la voix. — Après, dit-il en la relevant pour l’embrasser. Le peignoir de la jeune femme glisse sur ses épaules. Elle est nue, contre lui. Il garde les yeux ouverts pour la contempler dans le miroir. Une cambrure prometteuse. Ce n’est pas la première fois qu’il occupe cette chambre d’hôtel, il y a ses habitudes. Pour chacune de ses nouvelles conquêtes, il la préfère à son studio. Chez lui, il a toujours peur que surgissent Rachel, sa soeur, ou Dora, ou Fortune ou n’importe quelle femme de sa famille pour lui demander de venir remplacer une ampoule ou déboucher un évier. Peur aussi que sa nouvelle conquête s’immisce dans son intimité, soulève la photo de ses parents en disant « tu ressembles à ton père », retrouve la trace d’une précédente aventure ou bien lui demande « pourquoi tu n’es pas marié ? ». Ici, à l’hôtel, elle s’imagine qu’il est marié puisqu’il n’a pas voulu l’emmener chez lui, elle goûte le plaisir de le voler à une autre, elle se prend au charme de l’adultère et ne pose pas de questions sur « elle ». Mais une autre : — Tu as ce qu’il faut ? Bentch se détache avec nonchalance, va vers sa valise, s’accroupit, fouille. — De toutes les couleurs, fait-il en plaisantant. Tu pourras choisir, faire de moi ton arc-en-ciel. Il retire les vêtements du dessus avec une sourde inquiétude. Les aurait-il oubliés ? Pourquoi a-t-il pris autant de vêtements ? Son pyjama. À quoi lui servira un pyjama sinon à l’isoler de la splendide nudité qui l’attend ? Il passe la main au fond de la valise. Deux rasoirs jetables, une brosse à dents, un peigne… — Ce n’est pas possible, je les ai oubliés. — Ça tombe mal, je n’en ai pas sur moi, dit-elle. — Écoute, Carla, je suis sain de corps autant que d’esprit… — Non, Bentchy.

Extrait 2

Extrait 2

Il s’assoit dans l’unique fauteuil de la chambre, face au corps de Carla… — Qui t’a fait ça, Carla ? C’est qui, ce fumier qui a attendu que je sorte pour venir te faire du mal ? Tu dois le connaître. Dis-moi qui c’est, ce fumier qui s’est servi de mon flingue pour essayer de me coller ton meurtre sur le dos. Carla, je suis dans la merde, ne me laisse pas tomber. Dis-moi qui c’est… Il se lève du fauteuil et s’agenouille devant elle. Il soulève légèrement le drap et l’embrasse du coin des lèvres. — Dis-moi… Plus un bruit chez l’Américain. Il a dû s’écrouler en travers de son lit. Bentch se relève, l’oreille aux aguets. Cinq minutes plus tard, un bruissement léger dans la pénombre du couloir. Deux pieds glissent sur la moquette. Bentch a passé les bras sous les aisselles de Carla et la tire à reculons. Elle est entièrement revêtue d’un drap dont elle a tendance à vouloir s’échapper. De temps en temps, il s’arrête pour le remettre en place. Il parvient devant l’ascenseur qu’il a pris soin d’appeler, au préalable. Il ouvre la grille, pénètre dans l’ascenseur en soutenant Carla par la taille. Sa tête dodeline sur la poitrine, les bras ballants. Il referme la grille en redressant le cadavre d’une secousse et appuie sur « RC », rez-de-chaussée. — Sois mignonne, chérie, aide-moi. Le vieil ascenseur descend lentement. Au rez-de-chaussée, la réception est vide, le bar éteint, la porte de l’hôtel fermée. Il se glisse sous Carla, fait passer les bras sur ses épaules, se penche en avant, l’ajuste d’un coup de reins sur son dos et marche vers la porte qui, soudain, s’ouvre. Un couple entre en riant dans l’hôtel. La femme s’adosse à la cloison en poussant un soupir de soulagement, les larmes aux yeux, l’air hébété d’épuisement, à moins que ce ne soit d’alcool. — Ouf, dit l’homme ! J’ai cru qu’ils allaient me faire souffler dans le ballon. —Tu as été admirable de sang-froid, chéri. Admirable ! Bentch opère un demi-tour savant et se glisse à nouveau dans l’ascenseur dont la porte est restée ouverte. L’homme passe derrière le comptoir de la réception et prend une clé. Il jette un regard vers l’ascenseur juste à temps pour le voir disparaître. — Merde, il monte. — J’ai vu un fantôme blanc, dit la femme. — Mais oui… T’as pas été raisonnable, Marie-Chou, tu m’avais promis de ne plus boire.

Extrait 3

Extrait 3

Samedi matin. Onze heures quarante et une. Bentch repose sa tasse de café. — Ça tombe sur un week-end qui correspond au plus grand départ en vacances de l’été, dit-il, la morgue est fermée, le fichier central ne répond pas, la police scientifique est sur répondeur, je ne peux me faire aider par personne !… Qui peut m’en vouloir à ce point, Lepape ? — Je vois pas. Vous vous êtes renseigné si quelqu’un est sorti de taule, dernièrement ? Quelqu’un que vous avez mis au trou, par exemple ? — C’est la première chose que j’ai essayé de savoir, mais les bureaux de l’administration pénitentiaire n’ouvrent que lundi. Moi, je veux bien attendre, mais qu’est-ce que je fais de Carla ? C’est pour ça que je suis venu vous voir, Lepape… Vous avez une bagnole, la mienne est en panne. Si vous la mettez sous la fenêtre de ma chambre, je peux vous expédier Carla. — La passer par la fenêtre ? — Il n’y a personne dans la rue. Je descendrai tout de suite après et je vous aiderai à la mettre dans le coffre. — Attendez, j’ai une sangle. C’est peut-être mieux de la faire descendre avec, c’est plus convenable que de la balancer. — Je n’osais pas vous demander…

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