Suite Noire

On achève bien les disc-jockeys Tirez sur le caviste Vitrage à la corde Quand la ville mord La musique de papa Le débarcadère des anges La reine des connes Envoyez la fracture ! Le Linceul n'est pas qu'aux moches Le Petit Bluff de l’alcootest Ze big slip Sur un air de Navarro La Déposition du tireur caché Les Fans sans balance La Java des bouseux Le Futon de Malte Raclée de Verts Pizza sur la touffe 1275 Ares Nadada Un Chouette petit blot La Sirène rousse Sans mot dit Cocu de Sac L’Effet Carabin Ça n’arrive qu’aux mourants Le Tacot d’Elsa Lambiek Pour venger mémère La Bannière était en noir Le Bar crade de Kaskouille Au pas des raquettes Méfie-toi, fillette Comment L.A. ? Des manches et la belle Pas d'argot pour Mister Riche Fantasia chez les Plouffe

Le Tacot d’Elsa Lambiek

AUTEUR : Laurent Fétis

Extraits livre

Extrait 1

Extrait 1

Notre prof de droit des entreprises nous remettait nos copies. Fred 15. Je pensais que comme d’habitude, il allait battre tout le monde. L’enfoiré ! Et tout ça sans bosser particulièrement. Miguel 9, normal. Il limitait la casse. Et moi, un petit 11. Pas mal mais sans plus, sans éclat. Le prof a conservé un instant la dernière copie de notre groupe. C’était celle de la fille zarbos. — Elsa Lambiek… C’est bien vous ? — Ben oui. A-t-elle répondu d’une voix sèche, avec un petit accent belge. Le ton d’Elsa recelait en outre une pointe d’insolence qui déclencha quelques rires étouffés dans la classe. Putain ! Une vraie rebelle ! Le prof s’est retenu. Lui qui d’ordinaire était plutôt calme, voire lymphatique, semblait contenir sa rage. — Mademoiselle Lambiek, donc… J’ai beaucoup hésité. Pour votre note. — Pourquoi ? C’est bien vous le professeur, non ? C’est à vous de décider. — C’est brillant. Bien écrit, des idées, un bon esprit de synthèse… Mais… — Mais quoi ? Elsa ne se démontait pas et ça me plaisait. Son attitude, je veux dire, pas son physique. Ça rompait la monotonie. Le prof a hésité puis finalement a pris son crayon rouge a ratifié une note et a déclaré d’un ton péremptoire : — 18, mademoiselle Lambiek. La plus haute note obtenue en TP depuis des années. Ça ne lui avait rien fait, a priori. Distante et froide, elle s’était contentée de poser sa copie à côté d’elle avant de continuer, imperturbable, à prendre des notes. À la fin du cours, je me suis levé et dirigé vers elle. Dans mon dos, je pouvais entendre mes comparses qui persiflaient : — Fred, tu crois que… — Non, pas pour un thon pareil. — Si, on dirait qu’il va la voir. — Il va l’accoster, là, tu crois ? — Il veut se choper un 18, le Jacquot ! — De la baise utile, quoi… J’ai attaqué doucement, sourire un peu gêné, spécial « séduction timide ». Faut y aller doucement avec ce genre de filles. Elles n’ont pas l’habitude. Faut pas que ça paraisse trop suspect. En un sens les moches sont plus difficiles à draguer que les canons. — Heu… Salut. J’espère que je ne te dérange pas. Je m’appelle Jacques. — Bonjour. Elsa m’avait presque hurlé dans les oreilles. La demoiselle semblait bien être une flippée de première ! Mes impressions se confirmaient. — Et que me veux-tu, Jacques ? — Heu rien… Je… C’est juste que j’ai eu une sale note et que je croyais avoir réussi alors j’aurais voulu discuter avec toi de tes réponses. Suspicieuse, elle m’a demandé : — Et tu serais prêt à m’inviter ? Boire un café ? Maintenant ? — Heu… Oui, pas de problème.

Extrait 2

Extrait 2

J’avais repris conscience au petit matin, la gueule barbouillée de rouge à lèvres, en caleçon, des Post-it partout sur le torse. Miguel était dans le même état, entièrement nu, le corps couvert de messages inscrits au rouge à lèvres, arborant une semi-érection et titubant au rythme d’un tube techno-crunk. Fred était habillé et avait chaussé une paire de gants Mappa roses. Il se servit un grand verre d’eau et déclara… J’eus une absence sévère. Je dormais debout, complètement déboîté. Vodka et MDMA. Pas idéal pour les neurones. Le gros black-out. — Je disais, maintenant, il faudrait la tuer. Nouveau blanc. Pas lié à la fatigue, cette fois. Mais à la terreur. C’était Fred qui venait de parler. Il avait une pâle figure et ses doigts de caoutchouc donnaient l’impression de vouloir étrangler son verre de flotte. Miguel continuait à danser, nu et en érection. Je crus être plongé dans quelque enfer mental et j’étais incapable de me souvenir de la dernière moitié de soirée. Romain et Sophie étaient partis vers deux heures avec une copine. Un plan à trois dans un hôtel… C’était ce que j’avais cru comprendre. Sans nos hôtes, la soirée décadente s’était muée en une pure orgie. Mais qu’avions-nous fait pour que Fred se mette à sortir des phrases pareilles ? — Jacques, Miguel… Je vous le dis sérieusement. Le meurtre serait une option honorable. Je me dressai, allai passer ma figure écarlate sous le filet d’eau froide et marchai vers Fred. — De quoi… De quoi tu parles ?

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