Suite Noire
Le débarcadère des anges
Diffusé sur France 2
le 9 août à 22h50
AUTEUR : Patrick Raynal
REALSATEUR : Brigitte ROÜAN
ACTEURS PRINCIPAUX : Gérard MEYLAN, YSAE
Bande annonce
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Extraits livre
Extrait 1
Pour un vieux Niçois, déambuler dans le Vieux Nice à l’heure de l’apéro reste une entreprise dangereuse. La moindre rencontre risque de se transformer en une terrible embuscade où les rafales de momies Casa remplacent efficacement les armes conventionnelles. Quitte à être téméraire, autant ne pas mégoter, et j’ai garé ma Norton sur la place Rossetti, juste devant la cathédrale Sainte-Réparate. Rossetti, c’est une petite place en plein cœur du Vieux Nice; une fontaine, perpétuellement à sec, posée au milieu d’un dallage qui descend en pente douce vers le fronton de la cathédrale et entourée d’autant de terrasses de bistrots que de rez-de-chaussée d’immeubles. Elle représente surtout une fonction sociale indispensable parce que, quand le blues vous prend, quand les murs de votre cagna deviennent soudain trop rapprochés et que vous n’avez plus rien d’un tantinet exaltant à vous dire, si vous n’y rencontrez pas une âme aussi déglinguée que la vôtre, c’est que vous n’êtes pas Niçois. Ce jour-là, j’en ai rencontré une bonne dizaine. Toutes assoiffées d’apéritifs anisés et d’informations sur l’annonce de mon nouveau job. «Comment je pourrais vous expliquer ça, les gars?» me suis-je demandé au milieu d’une nouvelle rafale de mominettes. «L’idéal serait d’arriver à chausser les bottes de Marlowe sans se prendre les pieds dans les éperons de Don Quichotte. — Vaste programme…», a commenté Tony, un vieux pote que j’avais perdu de vue depuis l’épo- que où je bossais dans une usine de machines-outils de La Trinité que j’étais supposé mettre en grève en trois semaines. «Et tu crois qu’il y a des clients pour ça? — Merde, Tony, je te rappelle qu’on vit dans une ville dont même les égouts sont passés à la postérité… Mon premier client m’a appelé dans la matinée qui a suivi la parution de l’annonce. — Et on peut savoir qui c’est?» a rigolé un grand efflanqué d’ex-membre du service d’ordre de l’UEC dont j’avais oublié le nom, mais pas l’allonge. «Une fille… La trentaine, célibataire, pleine aux as et roulée comme Ava Gardner… — Ben voyons… Je suppose qu’elle poireautait chez elle en nuisette devant une bouteille de scotch.» J’ai attendu qu’ils aient fini de se marrer et d’avaler la tournée que je m’étais senti obligé de commander. «Primo, c’était du marc de Peille et, deuxio, la fille venait juste d’enterrer sa mère. — Un meurtre? — Pas tout à fait, j’ai souri, mais du dur en tout cas. Un toubib pourri, la franc-maçonnerie locale et la clinique du gendre du maire. C’est tout pour l’instant.» Ils ont eu l’air de trouver ça moins drôle. J’avais même l’impression qu’ils se faisaient soudain du souci pour moi. «Tu veux parler de Sainte-Rita? a demandé l’efflanqué. — Pourquoi? Il y en a une autre? — Tu rigoles? Après le tourisme, la médecine privée représente le plus gros pactole de la ville. Prends l’annuaire, fais le compte des toubibs et des cliniques et mets ce chiffre en rapport avec la population de vieux venus se couler une retraite dorée à Nice. Sainte- Rita est la plus grosse, mais dis-toi bien que la clique du maire a aussi des intérêts dans toutes les autres. Tu cavales au-devant des ennuis, mon pote.» J’ai haussé les épaules d’un air désinvolte. Non par inconscience, mais parce que le pastis avait toujours eu chez moi des effets sournoisement euphoriques et que j’étais déjà sérieusement imbibé. J’ai continué à picoler et à bavasser jusqu’à la fin de l’heure de l’apéro. J’ai quitté le bistrot avec tout le monde et j’étais en train de me demander où aller déjeuner quand l’efflanqué m’a rejoint au milieu de la place. «Tu méprises toujours autant les révisos du PC et de la CGT, Corbucci? — On s’est foutu un certain nombre de fois sur la gueule tous les deux, non? — J’ai pas compté. Il a souri. C’est l’époque qui voulait ça. — Ouais… L’époque où tu étais mon pire cauchemar, toi et ton allonge de chimpanzé. Putain, je suis même pas sûr d’être arrivé un jour à te toucher sérieusement… Pourquoi tu me demandes ça? Tu veux me refiler une carte du Parti? — Tu plaisantes? Pour te faire adhérer, il faudrait au minimum la signature de Marchais. Non, moi je suis juste au bureau fédéral de la CGT, mais je pourrais poser des questions aux gars qui bossent dans le sec-teur hospitalier.» C’était une sacrée proposition qu’il me faisait. Ni plus ni moins que la possibilité d’avoir un œil à l’intérieur de la citadelle. «J’espère que tu n’es pas aussi bourré que moi et que tu n’auras pas changé d’avis dans deux heures, camarade, j’ai fait. — Non… Ou plutôt, si… Je suis aussi bourré que toi, mais ça ne change rien. T’as une carte?» Il y a jeté un coup d’œil avant de la fourrer dans sa poche. «Et profite donc de ce que tu es dans le coin pour aller bouffer au Restolib. Tu pourras sans doute obtenir la même chose de la CFDT», a-t-il rajouté en disparaissant avant que je ne songe à lui demander de me rappeler son nom. C’est bien la vie, ça, me suis-je dit. Allez savoir comment les choses auraient tourné si j’avais réussi à passer sous sa garde?
Extrait 2
On aurait dit qu’un grizzli shooté à l’angel dust avait été lâché dans mon deux pièces cuisine-bureau. La porte d’entrée pendait sur ses gonds, la plaque de laiton – CORBUCCI, ENQUÊTES ET FILATURES –, arrachée et pliée en quatre comme du vulgaire fer-blanc, gisait sur le paillasson, et le reste, tout le reste, était littéralement pulvérisé. Du petit-bois, des haillons et des confettis, c’était ce qui restait de mes meubles, de mes fringues et de mes bouquins. Ils avaient piétiné mes disques, écrabouillé ma chaîne, déchiré mes affiches, lacéré mes tableaux, découpé mes godasses, défoncé mes casseroles et cassé ma vaisselle. Ils avaient même labouré la tapisserie sinistre que je me promettais sans cesse de badigeonner d’un coup de blanc. Un boulot plus impressionnant que vraiment efficace, vu que la valeur de mes maigres possessions avoisinait déjà le zéro avant leur arrivée.
Extrait 3
Je me suis toujours demandé comment un maçon sarde réussissait à enfoncer La Rochefoucauld sur la question du pessimisme, alors que ni l’un ni l’autre n’avait débarqué en pleine après-midi dans la salle d’attente d’un gynécologue. Malgré ma fausse carte de visite et mes froncements de sourcils de travailleur surchargé, c’est là que la fille de l’accueil m’a stocké en attendant. Je suis resté debout, face à la porte, pendant que les regards outrés d’une bonne vingtaine de femmes de tous âges et de tous volumes me grignotaient le dos comme une colonne de fourmis rouges. Submergé par la paranoïa, je me suis soudain senti responsable d’une dizaine de grossesses et d’autant de dérèglements internes, toutes choses trouvant nécessairement leur origine dans un concept dont j’étais l’unique incarnation dans un rayon de vingt mètres carrés. Elles auraient pu m’écorcher vif, elles se sont contentées de me ratatiner les génitoires jusqu’à la vessie.
Extrait 4
Pansard aimait bien Corbucci. Il avait connu son père au cours d’un certain nombre de grèves et, chaque fois qu’il en avait eu l’occasion, il adorait tailler le bout de gras avec le vieux militant anar. Il avait suivi 68 du fond de son bureau à la Criminelle, évitant au maximum d’intervenir dans la répression d’un mouvement qu’il ne parvenait pas à condamner. Et puis Corbucci était un dur, un vrai, et Pansard aimait les durs. Bref, depuis qu’il avait reconnu Corbucci dans le portrait du cambrioleur amateur dressé par la blonde expansive en miniblouse, Pansard se payait un gros coup de blues. « Dis, qu’a tu fais de ta jeunesse ? » Il ne savait plus de qui était la citation, mais elle lui trottait dans la tête comme une de ces ritournelles qu’on fredonne du matin au soir, jusqu’à l’exaspération. À six mois de la retraite, ce sont des choses qui arrivent, aurait-il pu se dire, mais, ce jour-là, le télescopage d’une nouvelle affaire pourrie au royaume de Nice et du retour soudain de Corbucci dans le paysage lui cisaillait l’optimisme. Comme tout le monde, il savait que l’ancien gaucho avait ouvert un cabinet de détective. De là à penser qu’il s’était empressé d’aller se fourrer dans la première affaire vraiment merdeuse qui lui passerait sous le nez, il n’y avait qu’un pas et le commissaire l’avait déjà franchi. C’était même ça qui lui foutait le bourdon : l’idée qu’un enragé sans expérience soit contraint de se lancer dans une aventure vraiment dangereuse pour faire le ménage là où lui, Pansard, n’avait jamais eu les couilles de le faire.
Photos
Photos
Gérard Meylan et Christophe Carotenuto (photo de Agora Films)
Gérard Meylan et Christophe Carotenuto (photo de Agora Films)
Les prostituées (photo de Agora Films)
Pascal Farré (photo de Karine Pelgrims)
Sarah Biasini et Pascal Farré (photo de Agora Films)
Sarah Biasini
Sofiane Belmouden (photo de Agora Films)
Ysaé (photo de Karine Pelgrims)
Ysaé Clinique Esthétique (photo de Karine Pelgrims)
Ysaé dans son bureau (photo de Karine Pelgrims)
Ysaé et François Morana (photo de Karine Pelgrims)
Ysaé et François Morana (photo de Karine Pelgrims)
Ysaé et Maeva Pasquali (photo de Agora Films)
Ysaé et Pascal Farré (photo de Agora Films)
Ysaé et Sarah Biasini (photo de Agora Films)
Ysaé et Sarah Biasini (photo de Karine Pelgrims)
Entretiens 1
P. Raynal - Editeur
P. Raynal - Chandler
P. Raynal - Corbucci
P. Raynal - Série Noire
P. Raynal - Le destin
P. Raynal - L'arnaque
P. Raynal - Noir/Policier
B. Roüan - Le livre
B. Roüan - Le film
B. Roüan - Marseille
B. Roüan - La voix du père
B. Roüan - Le destin
B. Roüan - Le sexe
B. Roüan - L'arnaque
B. Roüan - L'engrenage
B. Roüan - Amoureux
Making of
Le lave linge
Une recette marseillaise
Entretiens 2
Ysaé - Le casting
Ysaé - Premier tournage
Ysaé - Son rôle
Ysaé - Son personnage
Ysaé - Marseille
Ysaé - La voix du père
Extraits film
Deux mammoplasties
Taxi!
Musique
Musique
Résumé
Résumé
Pour sa première enquête, Corbucci, détective privé d’origine corse et ivoirienne, n’a pas choisi la facilité ni fait dans la dentelle. Pour les beaux yeux d’une blonde genevoise craquante, il s’en prend à une combine monstrueuse mise en place par le réseau des toutes-puissantes cliniques de chirurgie esthétique de Marseille. Officines cyniques arrosant rien moins que la police, les politiques et les mafieux. Ce qui fait, pour un début dans la profession, beaucoup d’ennemis à la fois. Heureusement un vieux flic pas corrompu le suit à la trace, et réussit tout juste à négocier une sortie de crise. Il ne sera que roué de coups…
