Suite Noire
La Déposition du tireur caché
AUTEUR : Jean-Hugues Oppel
Extraits livre
Extrait 1
MAXIME FARDOT (journaliste économique indépendant) Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur Jean-Pierre Duchesnes. Son portrait officiel, c’est pipeau et compagnie ! Rideau de fumée ! Tout pour la façade, circulez y’a rien à voir derrière ! Le personnage faisait régulièrement la une du Wall Street Journal ou du Financial Times, et ça suffisait à épater le gogo ! Mais pour qui savait lire entre les lignes, hein, bonjour la réputation ! Je vous accorde qu’il était un brillant causeur à la tribune et qu’il n’avait pas épousé la plus moche du canton, mais c’est tout ! À ce propos, vous n’avez pas été surpris d’apprendre que c’est Martin Girfaus qui a présenté sa future femme à Duchesnes ? Le Martin Girfaus de Girfaus & Thayrier… Le prince des fausses factures plus vraies que nature, le roi du bilan bidon et l’empereur des non-lieux inespérés ! Dans n’importe quelle salle de rédaction de la moindre feuille de chou économique, prononcez « Girfaus » et tout le monde hoche la tête d’un air entendu, mais ce tordu a table ouverte dans toutes les ambassades du continent africain ! Vous savez que la légende veut qu’il ait commencé aux îles comme simple apprenti pousseur de brouette dans les bananeraies de son grand-père ? La belle histoire ! Quand les Girfaus parlent de bananes, il faut comprendre qu’elles ont un rotor tripale sur la tête et un canon de vingt millimètres au côté droit !
Extrait 2
« Après m’avoir laissé un temps de réflexion raisonnable, Smith m’a demandé si le contrat m’intéressait, en précisant que mon commanditaire exigeait un second rendez-vous avant l’action, pour une dernière mise au point de vive-voix afin d’éviter tout malentendu. Je n’aime guère multiplier les rencontres avec un client, quel qu’il soit, mais là j’ai accepté sans hésiter trop longtemps vu le montant du contrat que j’allais fixer et que cet imbécile de Smith était incapable d’apprécier à sa juste valeur. Quelque chose me disait que l’on me voulait moi, moi et pas un autre, à n’importe quel prix… « C’est justement le mien ! »Je voyais juste : mon tarif majoré pour délit de sale gueule et manque d’humour est passé comme une lettre à la poste. Je l’ai présenté comme mes émoluments de base pour ce contrat précis. Le montant de ces dits émoluments, toujours exprimé en francs suisses, n’est pas négociable. Smith semblait le savoir : il n’a pas cherché à marchander. S’il avait seulement tenté de le faire, je me serais levé sans plus rien dire, signifiant ainsi la fin de l’entretien et l’inscription automatique de mon interlocuteur sur ma liste noire. Nous avons quand même parlé un peu argent à propos des frais supplémentaire que je pourrais être amené à engagés. Smith a dit « oui » à tout. Il devait avoir des ordres, à mon avis. J’ai pointé du doigt une ligne de chiffres sur l’un de mes rapports fictifs : il ne s’agissait pas de tonnage d’acier chinois mais du numéro de compte bancaire auquel il fallait virer la somme convenue. Le client est libre de choisir une autre monnaie que le franc suisse si cela l’arrange, du moment qu’il respecte le montant initial après les variations des taux de change. Genève, Zurich, les îles Caïman, Jersey ou Guernesey, les Antilles néerlandaises, les Bermudes, les Bahamas ou le Liberia, je vous laisse le choix de la domiciliation de mon cochon-tirelire, commissaire !
Extrait 3
« Smith m’avait averti que je pourrais avoir à effectuer mon travail en nocturne. Il pensait à la nuit du soir, moi à celle du matin aussi, car elle me permettrait de régler son matériel avant l’action. Je savais que je prendrais l’affût longtemps à l’avance. J’avais prévu le froid comme la nuit : j’étais chaudement habillé sans être engoncé dans des vêtements trop épais, mes mains étaient protégées par des gants spéciaux assez épais pour conserver la chaleur mais assez fins pour ne pas gêner mon doigté, j’avais de la pommade pour mes lèvres, et la lunette de visée télescopique de mon fusil possédait un dispositif intensificateur de lumière, un petit bijou dernier cri à lentille frontale antireflets et option désembuage de série, comme l’équipement régulier des commandos de marine en opérations non déclarées. Les bons réglages de contraste et de luminosité effectués, j’y voyais mieux qu’en plein jour à midi par un ciel d’été sans nuage. Je pouvais compter chaque fissure de chaque tuile sur le toit de « La Bastide » ! « Et puis j’ai attendu comme je sais si bien le faire… »
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